Confiance, peur et lâcher prise: guide pour les aidants face à la démence
La confiance et la peur ne cohabitent pas facilement quand on accompagne une personne avec démence. Cet article aide les aidants à faire de petits pas vers le lâcher-prise, comme laisser prendre une décision ou aller dans un lieu familier sans surveiller. Il explique comment la gestion des médicaments et l'acceptation de risques raisonnables peuvent réduire l'anxiété. Lâcher prise n'est pas abandonner, c'est un acte d'amour.

Vous savez qu'il ou elle est encore capable de faire certaines choses. Vous l'avez vu se débrouiller, réussir, traverser sa journée avec aisance. Mais il y a cette voix dans votre tête qui ne se tait pas : et si cette fois-ci, quelque chose tournait mal ?
La confiance et la peur ne cohabitent pas facilement. Et quand vous accompagnez quelqu'un qui vit avec une démence au stade précoce, vous êtes souvent pris entre les deux.
La peur est compréhensible
Vous n'êtes pas irrationnel quand vous vous inquiétez. Cette peur vient de l'amour. De la conscience de ce qui change, même si vous ne savez pas toujours à quelle vitesse.
Elle a une utilité : elle vous garde vigilant. Mais elle peut aussi devenir la voix la plus forte dans la pièce, étouffant tout le reste — y compris les preuves que la personne que vous accompagnez est encore capable dans bien des domaines.
Lâcher prise ne signifie pas abandonner
Permettre à quelqu'un de faire les choses seul ne veut pas dire que vous avez cessé de faire attention. C'est prendre juste assez de recul pour lui laisser de l'espace, tout en restant présent pour intervenir si nécessaire.
C'est un relâchement mesuré, pas un retrait complet.
Des outils pour aider les familles à gérer les médicaments peuvent alléger une partie de cette charge.
Et c'est l'une des choses les plus difficiles qu'on puisse vous demander.
La confiance n'exige pas de certitude
Vous pensez peut-être que pour faire confiance, il faut être certain que tout ira bien. Mais la certitude n'est pas possible — ni avec la démence, ni dans la vie en général.
La confiance, ici, c'est croire que la personne est suffisamment capable, en ce moment, pour gérer ce qui se présente. Ce n'est pas de la foi aveugle. C'est un choix raisonné de lui accorder le bénéfice du doute.
Et ce choix peut coexister avec votre peur. Vous n'avez pas besoin de cesser d'avoir peur pour faire un peu confiance.
La peur peut vous faire resserrer l'étreinte
Quand vous avez peur, l'instinct est de tout contrôler. De surveiller davantage. De prendre les choses en main avant que quoi que ce soit ne tourne mal.
Mais cette emprise peut éroder la confiance en soi de l'autre. Elle peut envoyer le message que vous ne croyez plus en ses capacités. Parfois, le geste le plus bienveillant est de résister à l'envie d'intervenir.
De petits pas vers le lâcher-prise
Vous n'avez pas besoin de tout lâcher d'un coup. Commencez petit. Laissez-le faire une chose sans le surveiller de près. Laissez-le aller dans un endroit familier sans l'appeler immédiatement. Laissez-le prendre une décision sans donner votre avis d'abord.
Chaque petit relâchement est un exercice.
Pour comprendre quels risques sont raisonnables à accepter, il faut parfois commencer par ces petits pas.
Pour l'autre, c'est une chance de rester engagé et capable. Pour vous, c'est l'occasion de voir que vos pires craintes ne se réalisent pas toujours.
C'est normal de se sentir tiraillé
Vous pouvez vouloir protéger quelqu'un et aussi souhaiter qu'il garde sa liberté. Vous pouvez avoir peur et quand même choisir de le laisser essayer. Ces deux choses ne s'annulent pas — elles sont simplement vraies en même temps.
L'accompagnement est plein de contradictions. Vous n'avez pas à les résoudre. Vous avez juste à leur faire de la place.
Faites-vous confiance pour voir quand les choses changent
L'une des peurs qui rend le lâcher-prise si difficile est celle de passer à côté de quelque chose d'important. Mais si vous êtes attentif — et vous l'êtes — vous remarquerez quand quelque chose évolue.
Faire confiance à l'autre ne signifie pas ignorer la réalité. Cela signifie vous faire confiance pour rester vigilant et ajuster votre accompagnement au fil du temps.
Lâcher prise est un acte d'amour
Ce n'est pas facile de prendre du recul quand on s'inquiète. Ce n'est pas facile de regarder quelqu'un faire quelque chose imparfaitement quand on pourrait le faire à sa place.
Comme le rappelle France Alzheimer, lâcher prise — même un tout petit peu — donne à la personne que vous accompagnez la chance de rester elle-même.
De garder son sentiment de compétence. De se sentir digne de confiance, même quand les choses changent.
C'est un cadeau. Et il vaut bien cette peur.
Écrit par

Elise Vaumier
Là où la mémoire rencontre le sens
Écrivaine et spécialiste de la mémoire numérique, axée sur la documentation intentionnelle et l’héritage personnel. Forte d’une formation en communication et en médias numériques, son travail explore l’écriture réflexive, la préservation de la mémoire à long terme et les technologies centrées sur l’humain. Elle étudie comment de petites traces régulières peuvent évoluer en récits porteurs de sens, soutenant les relations, l’accompagnement et la continuité intergénérationnelle.
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